RÉSUME :

Où l’on suit les tribulations de Marius de Vizy, chroniqueur mondain littéraire chrétien de la revue des Deux Mondes, dans le milieu snob germanopratin du sixième arrondissement de Paris.

 

MON AVIS

A l’heure où j’écris cette chronique, je n’ai même pas encore terminé les Mémoires d’un Snobé de Marin De Very, mais une envie pressante me prend – de celles qui vous font courir en vous tenant l’entrejambe – d’en parler.

Comme une course de cyclisme, je suis passée par plusieurs étapes et j’ai enfilé plusieurs maillots avant de conclure que j’ai aimé ce livre.

Mon premier sentiment au bout de quelques pages fut un sentiment assez commun pour quelqu’un qui ne connait absolument rien du milieu germanopratin (j’ai même dû regarder la définition dans le dictionnaire après avoir vu ce mot écrit plusieurs fois sans en comprendre le sens) : l’hostilité.

L’hostilité devant le snobisme annoncé de l’auteur ou du narrateur, difficile de ne pas faire l’amalgame quand on sent dès les premières pages que le roman est largement inspiré de sa vie.

D’emblée, on entre dès le début du livre dans un milieu qui n’est pas le nôtre : des endroits que l’on connait de nom mais où l’on n’a jamais mis les pieds sachant que même si on essayait de le faire, on se ferait refouler pour cause d’anonymat ostentatoire ; on y parle de gens qu’on connait de nom mais avec qui on n’échangera jamais une parole car ils sont inaccessibles au commun des roturiers, on effleure un monde de luxe et d’argent peuplé de jolies filles, monde inaccessible même si on additionnait tous nos salaires d’une vie, bref, on découvre le milieu snob parisien, celui duquel on ne fait pas parti. Celui qui ne veut pas de nous. Et celui, la plupart du temps, que faute de pouvoir atteindre, nous diffamons avec dédain.

Après avoir lu les deux premiers chapitres, je me suis donc mise à penser que ce livre n’allait pas être très intéressant (il faut dire quand même que les deux premiers chapitres NE SONT pas très intéressants), que si c’était pour lire du magazine people version littéraire, moi qui n’en lis pas, je ne voyais pas l’intérêt et que la vie d’un snobinard imbu de son mode de vie ne m’excitait pas plus que ça.

Et c’est là que l’on pourrait bêtement se faire une opinion hâtive, partiale et injuste de ce livre.

Car passé le cap de l’hostilité, la lecture de Mémoire d’un Snobé continue et s’agrémente de sensations agréables : une fluidité des mots qui en font une lecture rapide et facile sans pour autant être niaise, un style contemporain, parisien qui sert bien le sujet et puis surtout, crescendo, un humour auto-dérisoire qui vous arrache sourires puis rires lors de situations drôles et loufoques (la scène de la réunion chez Jaune, le déjeuner avec l’éditeur, le déjeuner pour l’attribution d’un prix littéraire).

Alors il y a des moments trop (trop snob, trop surjoué, trop tarabiscoté) mais un snob peut-il être juste un peu snob ?

Dans l’ensemble, à une vingtaine de page de le finir, j’ai plutôt de l’affection pour ce livre que je vous recommande si vous avez envie de rire et si vous avez envie de plonger votre nez sans parti pris dans le milieu germanopratin (ouvrez votre dictionnaire si vous ne m’avez toujours pas comprise !).

 

EXTRAITS

« Un jour, donc, l’avant-veille d’un déjeuner fatal, j’envoie à mon éditeur les quarante premières pages d’un récit déjà génial dès son premier quart. J’interprète le silence qui suit comme l’approbation d’un esprit conquis, car le silence, ai-je lu dans Lamartine, est l’applaudissement de l’admiration profonde. De ce déjeuner date la fin de mon habitude de prendre Lamartine au sérieux, mais passons. »